Pierre-Luc James Bourez Voyage au long cours

Pendleton Round Up

Au détour d'une vallée, lové dans les montagnes bleues du nord l'état, s'établit chaque année un rassemblement hors norme. De véritable cow-boy débarque des quatre coins du pays pour concourir un des rodéos les plus célèbres des États-Unis d’Amérique. Une occasion pour tous les grands de se retrouver et pour nous, de faire revivre le far-ouest le temps d'un grand week-end. Le mythe n'aurait besoin de rien d'autre pour être réécrit. Une chance que mon premier guide en Oregon y revienne chaque année depuis plus de 30 ans. Je ne pouvais pas passer à côté. Bilan mitigé.

Depuis Portland, il nous faut rouler plusieurs heures vers le nord. Une balade qui nous fait longer les gorges fumantes de la Columbia River en proie aux flammes. Les feu de forêts sont une véritable calamité ici. Nous pensons à Travis, un de nos amis engagé avec les pompiers qui doit être quelque part dans les environs, voilà des semaines qu'il est sur la brèche avec ses collègues. Les déserts bleus du nord de l'État suivent, nous allons y passer quatre jours, la glacière de Melvin est pleine à ras-bord, de produit bio et frais. Mel' est maintenant une vieille connaissance puisque nous nous sommes rencontré il y a quelques années, en France alors qu'il visitait son fils en tournée.

Feu de forêt dans la vallée de Columbia River

Tout mon entourage local m'a vendu le rodéo comme l’événement incontournable. En un sens, j'avais une envie profonde de vivre ce rassemblement typique, que les Américains adulent. D'un autre côté, je ne peux m’empêcher d'imaginer que ce genre de rassemblement -surtout à l'américaine serait d'une éthique plutôt discutable. L'éternel débat du folklore et de la tradition contre le droit et l'éthique des animaux, je vais avoir l'occasion de me faire une opinion.

 

Nous arrivons sur le camping provisoire, un terrain de base-ball que Melvin a pratiqué toute sa jeunesse, un lieu de pèlerinage, où il revient chaque année pour le rodéo. Nous installons la tente, et marchons vers la ville, pour une première approche.

Aux abords de l'arène, un campement indien. La présence des peuples indigènes revient toujours sur les évènements américains. Un hommage à une population presque exterminé pendant la création des états de l’Amérique du nord au temps de la colonisation. Aujourd'hui, l'État tente de faire amende honorable en laissant de l’espace aux minorités. C'est un moment particulier donc, avant l'ouverture de tout évènement d'importance, que les cérémonies amérindiennes.

 

À titre personnel en revanche, c'est une madeleine de Proust qui me perturbe le plus: cette ambiance de ranch qui me rappelle la maison, les chevaux que l'on passe d'un box à un autre, l'odeur du foin et de la mâche, du crin. Le fumier, les bottes dans la poussière, et même les regards concentrés de ces gens me rappellent la maison que j'ai quittée il y a plus de dix mois maintenant. Je me rends compte que malgré l'opposition que j'ai eu toute ma vie envers le monde équestre, je n'en suis pas moins un homme de chevaux. C'est dans mes gènes, je le comprends à présent. Je n'aurais jamais cru que cela puisse me manquer autant. C'est dans cet état d'émotion que nous assistons au lancement de la première épreuve. Autant dire que j'ai eu du mal à digérer ce qui a suivi.

Un attrapage autour du cou non réglementaire...

Ci-dessus: les premières images que je perçois de l’événement manque de me faire vomir. Ce veau est arrêté net par le cou, projeté dans les airs avant de retomber lourdement, amorphe sur le sol. Cette vision refroidit nettement mon enthousiasme.

Ci-dessous: encore mieux, on attaque à quatre contre un. Pas loin de deux tonnes fondent sur un veau de trois cents kilos. Bon, je ne suis vraiment pas fan jusque-là. L'idée dans cette épreuve c'est que l'un des deux mangeurs de steak va sauter sur le veau pour le saisir par les cornes, afin de l’entraîner dans sa chute. Après quoi il utilisera un lasso pour lui immobiliser les jambes. Le deuxième est là pour récupérer le cheval. Je ne cautionne vraiment pas, c'est moche et triste.

D'ailleurs il faut croire que l'affectation morale me fait du tort, le soir même, participant à une corvée de manutention, je rate une marche, les bras lourdement chargés. Le bilan est sans appel, une vilaine entorse. De la glace, une paire de béquille ramassée je ne sais où, et là fête continue. Contre mauvaise fortune bon cœur, j’essaie de rester dans l'ambiance, même si j'ai plutôt envie d'aller me coucher. Dans ce genre de voyage, la bonne humeur n'est pas une option. Je suis extrêmement fatigué, mais je sais que les gens font de leurs mieux pour que j'apprécie la virée, à moi d'en faire autant. Nous trouvons parfois des moyens de transport qui me permettent d'éviter de pousser les béquilles sur des kilomètres.

Le grand classique rodéo

Mission rattrapage une fois le cow-boy au sol

Entorse des familles pour le début des féstivités

Heureusement que Mel assure la transition

La course de baril ce jour là est reservée aux cavalières

Maréchal  ferrant au travail

Je pose ici respectivement avec la mère de Melvin, et Melvin à gauche, et avec John, le chauffeur du bus de Greyfell, à droite

La suite des festivités se déroule sans heurter plus avant ma sensibilité. Les chevaux et taureaux de rodéos sont bien mieux traités et rattrapés sans violence. Alors les images prennent du sens, je me laisse admirer bien plus volontiers. Différentes épreuves sont proposées sur plusieurs, jours, et si on en fait le tour assez rapidement, on ne se lasse pas de l'ambiance. Des célébrités américaines dans le domaine du dressage assurent le show entre les rodéos, la course au baril, le lasso etc.

Finalement, voilà une virée dont je me souviendrais longtemps. Si les mœurs associées aux manifestations animales me laissent perplexe, j'ai apprécié l'hospitalité des Américains. Mon ami Melvin, et sa famille ont pris soin de moi, et ont tout fait pour que l'expérience soit des plus appréciables. Et puis, se mettre dans la peau d'un vrai cow-boy le temps d'un week-end, il y a de quoi réjouir le gamin qui est en moi. Des envies de monter à cheval me prennent maintenant. De retour en Normandie, il sera temps de revendiquer cet héritage qui est le mien et qu'il ne tient qu'a moi de revendiquer.

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