Pierre-Luc James Bourez Voyage au long cours

Martinique, derrière le sable blanc.

On commence par quelques pas, un peu hagard après vingt-six jours en mer, la terre est une délivrance. On ne se souvient pas l'avoir jamais aimée autant, comme un fils retrouvant sa mère, après longtemps de séparation. Les vélos se remontent sur le ponton, et gare à la vis qui cherche à passer au travers. Et puis c'est la consécration, les autres marins du port viennent et félicitent. Quelques pintes pour arroser les retrouvailles. Un transatlantique, ça vaut bien une coupe de champagne. Qu'a cela ne tienne, demain, le voyage nous emportera déjà. Après quelques jours de repos bien mérité, la recherche reprends, il faut avancer. Les après-midi sont consacrés à la recherche de bateaux pour rejoindre le continent. Le soir je fais du service dans les bars du port qui change de personnel comme on change de chemise. On se fait héberger par ceux qui vivent à l'année sur le mouillage, en échange d'un coup de main, ou de quelques euros éventuellement. À défaut d'un logement en dur, c'est dans la mangrove, avec les crabes que je pose mon hamac. Un village éphémère, qui se reconstruit chaque année à l'arrivée des routards. Le port du marin, c'est tout un écosystème que l'on apprend à apprivoiser.

Le week-end, on s'éloigne de la ville pour marcher en forêt, découvrir une plage sur la côte nord de l’île. On déguste des acras de morue au Vauclin, chez Marie-Alice, on se fait mais des saisonniers des glénant qui vivent la Martinique quatre mois par an, et on se retrouve beaucoup trop tard, dans des bistrots sans nom, à écouter des percussions, ou de la musique électronique. Parfois toute la populace se mélange sur les plages, locaux, vacancier et routard se retrouve pour des fêtes qui durent jusqu'au lever du jour.

Au fil de l'errance, on apprend à marcher sous le soleil, on apprend que l'eau va par un multiplicateur de trois. Et puis on se serre la ceinture. Il est mal vue à prendre le travail des locaux, très vite, je me concentre sur ma recherche du bateau uniquement. Je nage du bord de la plage, jusqu'aux bateaux qui mouillent après la limite, à quelques centaines de mettre du rivage. Sous moi, une faune et une flore incroyable. Quand je croise une ombre fantastique, j'ai un moment de panique, ce n'est qu'un barracuda curieux. On me répond, qui reste là, qui est à la retraite, qui ne part pas avant quelques mois. Celui-là viens d'arriver, celui-là ne va plus repartir. Mes recherches restent au point mort.

Le soir, après le service ou au termes de mes recherches, je rentre chez Catherine, qui m'héberge. Pour rejoindre son bateau, je dois me rendre au port à sec ou un kayak est arrimé à mon intention. Je dois encore traverse la baie sur l'embarcation instable. Par gros temps, je finis trempé. Les bateaux se ressemblent, et les premières fois je me perd un peu sur ce plan d'eau, ou des centaines de bateaux bougent au rythme du vent, perturbant tout repère. Le cocon de ce gîte improbable m’enveloppe, et pour la première fois depuis des mois, je me sens en sécurité. Je m'endors en pensant que tout ira bien, mettant mon impatience à l'amende.

Un heureux hasard me fait rencontrer Fred, un skipper qui fait la saison dans le coin, il a l'habitude de louer son bateau à des touristes, mais cette fois, il m'embarque sur un stage de voile afin de l'aider. L'occasion pour moi de mettre à l'épreuve et de compléter mes connaissances de la voile. Au fil des îles, je consolide mes acquis, et je noue des amitiés. La Guadeloupe, les Saintes, la Dominique, nous poussons le Monfreid jusqu'à Antigua où les bateaux de luxe s'alignent les uns derrière les autres sous nos yeux ébahis. Considérant la voile comme l'ultime moyen de la liberté, je me questionne sur cet enchevêtrement de trop, de plus et de jamais assez. Les lignes sont belles, mais ou est donc passé cette légèreté?

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