Pierre-Luc James Bourez Voyage au long cours

Les chercheurs de bateaux

Las Palmas de Gran Canaria

 Direction Huelva.

 

Les jours avant le ferry sont passés comme flou, encore deux degrés noté un matin au sortir de la tente. Une belle rencontre en Andalousie, dans un village fantôme ou nous trouvons refuge, et qui n’est habité pour un festival, qu’une semaine par an.

 Le voyage va vraiment commencer, et il n’est pas question d’embarquer des soucis sur le bateau. Nous sentons un léger frisson au passage de la douane, bien que nous n’ayons rien à nous reprocher. L’agent fait vérifier les numéros de nos passeports vierges, doutant de leurs authenticités. C’est le premier contrôle d’identité, il y’en aura d’autres.

 

           Le ferry est une drôle d’expérience. Comptez 120 euros pour une traversée en classe-éco. Il n’y a pas vraiment de place pour les gens pauvres sur le bateau. Cependant, à plus de 1200 euros la cabine avec couchette, tout le monde se plie en deux sur les canapé de 120 cm des salons, délaissant les sièges inclinables qui sont inconfortables au possible. Ces petits canapés sont la seule possibilité pour mettre alternativement le dos ou les jambes à plat pendant les 33 heures que dure la traversé Huelva- Las Palmas. Certains passent la traversée sur les paliers déserts permettant d’accéder aux cales. Ce qui me semble avec le recul, la meilleure solution. Peu de passage, et de l’espace. Nous avons eu tout loisir d’observer la clientèle du ferry. Beaucoup de baroudeurs comme nous. Des convoyeurs de toutes sortes, des retraités en vacances, quelques professionnels en voyage d’affaire avec des véhicules peu aptes à passer en avion. L’Espèce la plus original pour nous est celle des passeurs d’animaux exotiques. Nous avons aperçu un perroquet gris du Gabon illégal, dans une cage maquillée en valise, des petites perruches, ou encore des chiens nains, embarqués clandestinement, et nourris à l’abris des regards des membres d’équipage. Nous avons rencontré également Bastien et Mailis, qui forment Roule Pastèque . Les deux cyclos sont très engageants, et nous discutons boutiques un bon moment. Nous sommes sûr de les recroiser bientôt puisqu’ils vont chercher un bateau également. Notre projet est tellement banal!

           Nous arrivons à Las Palmas vers 22h. J’observe longtemps l’approche, perché sur le pont avant. Mes vêtements techniques d’hiver font leur office, et je reste ainsi une bonne heure en plein vent, la musique dans les oreilles. J’imagine la suite en observant les lueurs de la ville et mes pensées se perdent dans les milliers de possibilités qui s’offrent à moi. Le ferry tangue sévèrement sous le jeu des moteurs dans l’entrée du port. J’imagine que la manipulation d’un engin de cette taille ne doit pas être un mince affaire. Débarqués, nous gagnons le port, le skipper n’est pas au rendez vous. Nous le rejoignons après un verre, directement au bateau. Nous mettons, ému, le pied sur « La Fée Verte ». Ce soir, nous dormirons dans nos couchettes.

 

Notre première nuit sur le voilier au pavillon hollandais a une saveur particulière, magique. Nous l’avons rêvé, nous y sommes. Nous attendons quelques jours l’arrivée de Claire par avion pour partir. Le temps de finir l’approvisionnement et de faire quelques démarches administratives en retard. Je télécharge aussi de nombreux livres numériques. Beaucoup de classiques étant disponibles gratuitements, je fais le plein.

 

 

 Les chercheurs de bateaux.

 

            Sur le Port, nous rencontrons des voyageurs comme nous, par dizaines, qui n’ont pas encore trouvé d’embarquement. Ils arpentent les pontons au soleil chaque jour, guettant les bateaux au départ, et essayant de se faire embarquer sur une transatlantique. Musiciens, cuisiniers, chanteurs, jongleurs, étudiants en césure, et marins pro de toutes nationalités. Il y’en a de tous les genres. Les plus sobres arborent sur la table au café, un panneau mentionnant leurs expériences. D’autres sautent littéralement sur les équipages arrivant, les questionnant dans toutes les langues sans les laisser placer un mot. Sarouelles et dreadlocks, jeans déchirés, et cheveux longs jouants de la guitare. Des sportifs nordiques en coupe vent haut de gamme, écument l’internet sur leurs Mac en profitant de la wifi du bar. Beaucoup de sac à dos. Chez eux, leurs familles les prennent pour des fous de tenter le bateau stop. Ici, nous sommes tous pareil. L’impression est déstabilisante. Ils sont tous adorables, et nous nous sentons coupables d’avoir déjà un bateau quand certains cherchent depuis des semaines. Notre skipper nous affirme qu’à Las Palmas, ils finiront tous par trouver. Effectivement, une dizaine d’entre eux, partirons pendant le temps de notre séjour. Et il est très probable que nous en retrouvions le long de la route. Le départ approche pour nous. Claire est arrivée. Le temps passe à une vitesse folle. Je quitte à reculons ce groupe de rêveur et l’aventure nous appelle. Demain, nous larguons les amarres pour la Martinique.

 

Demain, nous ouvrons le chapitre transatlantique.

 

Pierre-Luc

 

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